Histoire
C'est en 1849 que Kamouraska devient le chef-lieu judiciaire du comté du même nom, comté issu de la subdivision de la vaste circonscription de Cornwallis (comtés de Rimouski et de Kamouraska). Le 31 mai de l'année suivante, le gouvernement se portait acquéreur de la maison de pierre de feu le notaire Jean-Baptiste Taché afin d'y aménager le Palais de Justice. La cour supérieure y siègera jusqu'en 1883, date où la cour fut déménagée à Rivière-du-Loup. Ce premier Palais de justice fut la proie des flammes à deux occasions, soit en 1864 et en 1881.
C'est au lendemain de ce second sinistre que le gouvernement Chapleau prendra la décision de déménager la cour à Fraserville, Rivière-du-Loup étant devenu, à l'époque , un centre ferroviaire en pleine croissance. Déçus, placés sur la défensive, Les Kamouraskois durent demander l'érection chez eux d'un palais de justice habilité à recevoir une cour inférieure dite « de circuit » (enjeux civils n'excédant pas 100 $), analogue à celle qui siégeait déjà à L'Isle-Verte.
Le palais de justice actuel, lui, fut construit en 1888. Les ingénieurs Jean-Baptiste Derome et Paul Cousin, de même que l'architecte Elzéar Charest du département des Travaux Publics du Québec participèrent à divers titres aux plans, devis et cahier de charges qui ont fait l'objet d'un appel d'offre public. L'édifice sera également le siège d'un bureau d'enregistrement et du conseil du comté et cela, jusqu'à ce que, en 1913, mieux situé et plus populeux, Saint-Pascal accueille à son tour la cour et le bureau d'enregistrement.
Architecture
Derrière ses attributs « forteresse » plus apparents, le Palais de justice de Kamouraska présente principalement des caractères du style Second Empire, dont les origines remontent au règne de l'empereur français Napoléon III (né en 1808, règne de 1851 à 1870).
Introduit peu après en Amérique du Nord par des architectes qui avaient étudié à l'École des Beaux-Arts de Paris, le style Second Empire allait connaître une très grande popularité auprès de la bourgeoisie pour l'architecture résidentielle et commerciale, en plus d'imposer sa présence dans bon nombre d'édifices publics.
En effet, les architectes d'ici ont largement souscrit à ce style, notamment dans les immeubles institutionnels et hôteliers, sans compter un usage très répandu sous une forme simplifiée pour les habitations courantes. Centré sur l'utilisation du toit à la Mansard, un toit aux pans brisés à deux ou quatre versants, le style se reconnaît également dans l'ornementation soignée des corniches de l'avant-toit, ainsi que dans la forme et le décor plus recherchés des portes et fenêtres.
Cette grande vogue s'explique, bien sûr, par l'élégance abordable qu'offre ce type de constructions, mais aussi, à la fois, par son caractère fonctionnel qui permet de mettre à profit tout l'espace disponible sous les combles. Dans les adaptions québécoises de ce style, on a accentué la courbure du toit pour former des égouts retroussés, conférant ainsi aux couvertures cette forme typique qui évoque celle d'une cloche.
Dans le Palais de justice de Kamouraska, on retrouve cette forme de toit caractéristique du style Second Empire, de même que ces avant-toits aux corniches moulurées qui ennoblissent le bâtiment.

On remarquera aussi la forme des ouvertures, portes, fenêtres et lucarnes, dont l'imposte supérieure découpée en pointe forme un détail significatif.
Par delà ces éléments stylistiques, le Palais de justice se donne des airs de place-forte en greffant au corps de l'édifice une tour centrale garnie de créneaux et d'une tourelle. En divers autres points de l'immeuble, de nouveaux éléments s'ajoutent pour accentuer l'allure de forteresse du bâtiment : ici une seconde tourelle en flèche, là une voûte saillante ornée de créneaux, ailleurs encore des cheminées et des coins de murs formant autant de contreforts qui enracine l'architecture au sol.
Copyright 2009 Maude Synette & Elaine Bossé